L’exil invisible : ce qu’on ne dit pas sur le mal du pays

Découvrez les effets silencieux du mal du pays chez les expatriés haïtiens et créoles. Un article sensible sur les déclencheurs invisibles de l’exil, les émotions enfouies, et les gestes simples pour recréer un sentiment de chez-soi.

VIVRE COMME EXPAT

5/26/2025

Quand une odeur vous serre la gorge sans prévenir

Il suffit parfois d’un rien : l’odeur d’un riz collé oublié au fond d’une casserole, un rayon de soleil qui traverse la pièce à la manière d’un midi tropical… et soudain, le cœur se serre. Ce n’est pas la tristesse brute, bruyante, mais une mélancolie discrète. Le mal du pays ne s’annonce pas toujours par des larmes. Il glisse dans les silences, s’infiltre dans la routine, et s’installe sans qu’on s’en rende compte.

Ces déclencheurs invisibles qui réveillent le manque

Souvent, on ne comprend pas tout de suite pourquoi on se sent si loin. Le changement de saison, un hiver trop long, un été sans les chants familiers des marchés haïtiens peuvent peser lourd. La solitude aussi, même entourée de gens, quand on n’entend plus créole autour de soi, ou que les références culturelles se perdent dans le brouhaha de l’ailleurs. Un appel manqué, une fête familiale à distance… et le sentiment d’exil intérieur refait surface.

Le mal du pays, ce silence pudique

On n’en parle pas toujours. Par pudeur. Par peur d’être incompris. Par crainte de paraître ingrat envers cette terre d’accueil qu’on a choisie ou qu’on a dû accepter. Dans la diaspora haïtienne, ce sentiment est souvent transgénérationnel, transmis sans mot. Les enfants nés ici sentent le vide sans pouvoir le nommer. Les aînés, eux, le portent comme un fardeau discret. On continue de vivre, mais quelque chose est resté là-bas, à Port-au-Prince, à Cap-Haïtien, ou dans un petit village qu’on n’a jamais vraiment quitté.

Réconfort dans les gestes simples

Il existe pourtant des moyens d’apprivoiser ce manque. Cuisiner un plat traditionnel comme un diri ak pwa rouj ou un bouillon bien épicé, c’est raviver un lien sensoriel avec la terre natale. Allumer une bougie à l’odeur de cannelle ou écouter Ti Manno le dimanche matin, c’est recréer un cocon de mémoire. Même une routine du dimanche matin – musique, café, appel vidéo avec la famille – peut suffire à sentir moins seul. Ces petits gestes deviennent des racines que l’on plante ici.

Recomposer son chez-soi, loin du pays

S’ancrer dans un nouveau lieu, ce n’est pas renier d’où l’on vient. C’est accepter qu’on porte plusieurs maisons en soi. Un coin de mur où l’on colle une carte d’Haïti, un tiroir avec des sachets de thé gingembre-citron ramenés d’un voyage, ou même un cahier de recettes créoles partagé avec les enfants : chaque fragment recrée une présence. Le mal du pays devient alors un fil de mémoire, un lien intime entre ici et là-bas, entre le manque et la transmission.

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